Sceau de l'Académie

Académie des Sciences et Lettres de Montpellier

Fondée en 1706 — Montpellier

François BEDEL de BUZAREINGUES

Portrait de François BEDEL de BUZAREINGUES
François BEDEL de BUZAREINGUES

Docteur en Droit, président honoraire de la conférence des bâtonniers de France et d'Outre mer

Section :
Lettres
Siège :
24
Élu en :
1993
Fonction :
Président général 2007, Président Section Lettres 2013
Parrain :
Jacques Lafont, François Delmas
Né(e) :
8/8/1925
Décédé(e) :
27/4/2025

 

     François Bedel de Buzareingues, que nous avons accompagné aux rives du Styx dans sa centième année, était un homme d’appartenance, de fidélité et de devoir. Appartenance à sa famille, sa lignée devrai-je dire, pour relier le passé, le présent et l’avenir. Appartenance à sa religion, (il était commandeur de l’ordre du saint sepulcre), appartenance à son terroir, à Buzeins, à Buzareingues et à son dolmen symbole de solidité et d’éternité. Beaucoup d’entre nous se souviennent de journées organisées en Aveyron et d’un déjeuner à Belvezet, peu savent qu’il voulait être berger car disait-il « j’aimais la terre et les brebis ». À la suite d’un incident dans la garde d’un troupeau son père lui dira qu’il n’est pas fait pour être berger et ce sera le départ pour Montpellier et sa faculté de droit avec les succès que l’on sait. Appartenance à sa Nation et son pays, (il était commandeur de l’ordre national du mérite et commandeur de la légion d’honneur), appartenance à une civilisation héritière d’Athènes et de Rome tant et si bien que lorsqu’il lui arrivait d’évoquer sa fin il ne prononçait pas le mot mort mais parlait de traverser le Styx. Appartenance à sa profession ou plutôt son Etat car il n’exerçait pas sa profession d’avocat, il était avocat. Icône de la profession il en a exercé toutes les responsabilités tant locales que nationales et disait joliment que le bâtonnat était comme l’épiscopat : à vie ! Appartenance à l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, notre académie ! Cette assemblée de têtes bien pleines mais surtout bien faites, comme il aimait à le dire. Il y avait été élu au fauteuil 24 de la section Lettres en 1993 succédant au Bâtonnier Marcel Blisson. Il y aura donc siégé 32 ans. Comme dans tous ses domaines d’activités il s’y est impliqué et investi. Il était assidu aux séances hebdomadaires du lundi au salon rouge de l’Hôtel de Lunas, où son immense culture classique mais aussi éclectique enrichissait les débats. Il y a donné de nombreuses conférences exemplaires tant sur le fond que sur la forme, dans un français parfait, sur des sujets juridiques et historiques. Il a été le parrain de presque le tiers des membres de la section Lettres. Il a été Président Général en 2007 et Président de la section Lettres en 2013. Nous avons tous en mémoire son extrême courtoisie et son attention à ses consœurs et confrères lui qui, ne pouvant plus, les derniers temps nous rejoindre à nos réunions envoyait chaque fois une lettre pour s’en excuser. Il fréquentait Saint Augustin et savait qu’il ne sert de rien à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme. Il avait gagné bien des batailles mais gardé son âme. Dans l’intimité qui est la notre que deux anecdotes me permettent d’illustrer sa culture classique et son sens du devoir : - Diner officiel à la conférence des bâtonniers avec Christianne Taubira, garde des sceaux (à gauche autant qu’il est à droite). Vient le moment des questions de chacun, la sienne que seule la garde des sceaux comprend est « Créon ou Antigone ? » Elle fera cette superbe réponse : Créon quand il le faut, Antigone toujours. - Assemblée générale annuelle de la conférence des bâtonniers, 2003. Le garde des sceaux, qui promeut une réforme contestée du droit pénal, est traditionnellement invité, le bâtonnier Bedel de Buzareingues, ancien président de la conférence, proche politiquement du ministre de la justice, est au premier rang. Le bâtonnier Bedel n’y est pas obligé, mais il demande au bâtonnier de Montpellier en exercice que je suis, et qui a l’âge d’être son fils : « Quelles sont vos instructions ? » Je répondis : « Mon souhait est que les bâtonniers gardent le silence, les mains derrière le dos et n’applaudissent ni l’entrée, ni le discours, ni la sortie du garde des sceaux. » Il me fait cette réponse qui le résume bien « Il m’en coûtera, mais vous serez obéi » Et je le fus ! Notre académie était importante pour lui, nous étions importants pour lui, il l’était pour nous et nous saurons honorer sa mémoire.

Frédéric Vérine, Bâtonnier honoraire

 

     D’abord… il y a l’homme, celui que j’avais rencontré alors qu’adolescent je militais au sein du parti Républicain. François Bedel en était un membre important et dès cet instant j’ai appris à le respecter et à l’aimer.

     Et puis… je suis devenu avocat, un avocat turbulent, peut-être un peu irrespectueux et cela m’a valu des poursuites disciplinaires. Je me suis alors tourné vers François Bedel qui immédiatement a accepté d’assurer ma défense aux côtés d’un autre avocat illustre de notre barreau, le bâtonnier Jacques Laffont. J’avais la chance, jeune avocat de bénéficier pour ma défense de deux confrères illustres. Mais il est vrai que François Bedel a toujours entretenu des rapports cordiaux avec les jeunes avocats. Raison pour laquelle il m’avait demandé d’intervenir au congrès de la CNA dont il était le président national. Je me souviens être intervenu sur le thème : la défense et la police. François Bedel est devenu bâtonnier puis président de la conférence des bâtonniers. D’éminentes personnalités ont rappelé aujourd’hui le rôle essentiel qui a été le sien dans la défense de la profession, dans la défense de l’avocat.

     Et puis... il y a eu la Conférence des Bâtonniers dont j’ai été membre puis Vice-Président. Nous nous retrouvions le vendredi soir au siège de la conférence, Place Dauphine, et ces moments furent pour moi d’une grande intensité. François Bedel n’était pas respecté, il était vénéré. Il était chez lui à la conférence !

     Et puis... après avoir servi la profession durant de longues annés, il a choisi de raccrocher la robe. C’était en 2001 et un heureux hasard a voulu que je sois à cette époque bâtonnier en exercice. J’ai donc eu l’honneur prononcer le discours et de présider le repas qui s’en est suivi au cours duquel, à sa demande, nous avions convié tous ses amis montpelliérains et ils sont nombreux.Mais il ne s’est pas éloigné de nous et nous le rencontrions au diner organisé par les bâtonniers successifs qui tous avaient le bon goût de recevoir leurs prédécesseurs. François Bedel était des nôtres et chacun s’appliquait à vouloir être le plus proche de lui pour bénéficier un peu de son aura. Il ne s’est jamais éloigné de la profession qu’il a servi sans discontinuer.

     Et puis… il y a l’Aveyron sa terre natale. Cet attachement à la terre c’est incontestablement ce qui le rapprochait de Camus. Au point que, lorsque ses compatriotes français d’Algérie ont été chassés de leur terre natale, il s’est immédiatement rangé à leur côté. Il avait noué des liens d’amitié avec certains d’entre eux et notamment le Bachaga Boualem. Je me souviens de ces soirs d’été où nous nous retrouvions en Camargue au Mas Thibert propriété du Bachaga. Mon père ayant servi au 17ième tirailleur sous ses ordres, il était convié au repas et je l’accompagnais. J’ai perçu à ce moment-là , à quel point François Bedel était attaché à notre pays, à ses valeurs, qu’il avait défendues en qualité d’avocat et qu’il continuait à défendre en qualité d’homme.

     Et puis… il y a eu le père je me souviens encore de son émotion lorsqu’il a appris que son fils Nicolas devenait à son tour bâtonnier.

     Et puis… il y eut l’époux accompagné durant toutes ces années par une épouse merveilleuse qui l’a soutenu dans tous les aspects de sa vie et à laquelle il faut aujourd’hui aussi rendre hommage. J’adhère bien évidemment sans réserve à tous les discours qui ont été prononcés aujourd’hui mais je souhaitais, parce que cela me paraît juste, y associer l’épouse, la mère, sans l’aide de laquelle, peut-être le destin de François Bedel aurait pu être contrarié.

     Voilà très simplement et en quelques mots, ce que le plus modeste des confrères voulait adresser en cet instant douloureux au plus illustre d’entre nous.

     François Bedel merci, merci pour tout ce que vous avez fait pour l’ordre, pour la profession et si vous le permettez, pour le simple avocat que j’ai été et qui a toujours trouvé auprès de vous une aide bienveillante.

     François Bedel vous resterez éternellement dans nos mémoires et dans nos cœurs. Adieu et merci.

Jacques Martin, Bâtonnier honoraire