Monsieur Barral a forcé mon admiration par son assiduité à nos séances publiques comme privées et par sa participation régulière aux travaux de notre assemblée devant laquelle il parlait encore, début 2019, d’« Anne, l’amour caché du président Mitterrand », conférence qui a exigé de lui la lecture minutieuse d’un millier de documents publiés par Anne Pingeot dans l’ouvrage intitulé Lettres à Anne. Originaire de Paris, notre confrère a exercé ses fonctions de professeur d’histoire contemporaine, pendant près de 30 ans, à l’université de Nancy, ville dont son épouse était originaire, et n’est arrivé à Montpellier que pour y exercer les dernières années d’une carrière aussi longue qu’exemplaire. Auteur de 10 ouvrages et de nombreux articles, Pierre Barral, parrainé par Gérard Cholvy, a rejoint les rangs de notre assemblée en 1998 pour y occuper le fauteuil XIX de la section Lettres.
Je souhaite rappeler l’extrême courtoisie de notre confrère doublée d’une tout aussi grande discrétion. Sa mémoire n’a pas été le moins du monde émoussée par l’âge, pas plus que son acuité intellectuelle. Ses exigences éthiques et sa grande rigueur intellectuelle font de lui, à mes yeux, un modèle intellectuel et humain rare.
Aujourd’hui âgé de 94 ans, s’il a demandé son admission à l’honorariat, c’est qu’il va s’installer à Toulouse pour se rapprocher de sa fille. Je voudrais donc souhaiter à notre confrère, en notre nom à tous si vous le permettez, un heureux séjour dans la ville rose, auprès de siens, pour y remplir le plus longtemps possible ses fonctions de père, de grand-père et d’arrière-grand-père.
Béatrice Bakhouche
C'est avec émotion que j'évoque le souvenir d'un ami très cher que je connaissais depuis un voyage commun en URSS en juin 1987 et avec qui j'ai eu la joie de dialoguer, à Toulouse, jusqu'en décembre 2024.
Né à Paris le 16 octobre 1926 et décédé à Toulouse le 10 mai 2025 à l’âge de 98 ans, Pierre Barral, était agrégé d’histoire. Après un passage en tant que professeur au lycée de Grenoble, il fut professeur d'histoire contemporaine à la faculté des Lettres de l'Université de Nancy pendant près de trente ans, où il forma de nombreux disciples, notamment François Roth. Il était d'autant plus intéressé par les problèmes du Grand Est de la France que son épouse, Suzanne, était Alsacienne. Il termina sa carrière universitaire à l'Université Paul Valéry Montpellier-3 où il rendit encore de grands services à la communauté universitaire. Il s'est imposé comme un remarquable spécialiste de la Troisième République, à travers deux thématiques complémentaires: les sociétés rurales et la vie politique. On lui doit aussi Les Fondateurs de la IIIe République en 1968, Jules Ferry, une volonté pour la République en 1985 et Léon Gambetta en 2008.
Cependant, Pierre Barral n'était pas seulement un érudit reconnu, c'était aussi un authentique humaniste, refusant de s'enfermer dans une tour d'ivoire. Considéré, à Nancy comme à Montpellier, comme un homme d'une grande droiture intellectuelle et morale, ouvert au dialogue non seulement avec ses collègues mais aussi avec les étudiants et le personnel administratif, il acceptait volontiers, pour rendre service, de participer à de nombreux jurys de thèses et de masters, toujours avec le sourire. Membre de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier depuis 1998, il y fut très apprécié pour ses nombreuses conférences historiques, où il développait avec beaucoup d'humour ses sujets de recherche de prédilection. C'est une image familière que je conserverai de lui : ses passages nombreux à la Bibliothèque universitaire de Montpellier accompagné d'une grosse serviette de cuir, tantôt pleine de livres empruntés, tantôt d'ouvrages à rapporter. Occasion pour lui de bavarder avec des collègues et de témoigner ainsi d'une curiosité sans limite pour les autres et pour les problèmes de l'esprit.
Nous, ses anciens collègues de l'Université Paul Valéry et de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, très émus par sa disparition, nous tenons, dans ce moment douloureux, à adresser toute notre sympathie à sa fille Odile Barral et à toute sa famille.
Christian Amalvi
Voir aussi la réponse de Gérard Cholvy lorsque P. Barral fit l'éloge de Vincent Badie le 9/11/1998 :
https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/BARRAL-ELOGE-BADIE.pdf