André GOUNELLE
Doyen et Professeur honoraire de la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier, pasteur de l'église Réformée de France
- Section :
- Lettres
- Siège :
- 14
- Élu en :
- 1993
- Fonction :
- Président général 1998
- Parrain :
- Jacques Proust
- Né(e) :
- 9/5/1933
- Décédé(e) :
- 4/5/2025
André Gounelle pour moi est inséparable de l’Académie. C’est, en effet, il y a 21 ans exactement, en 2004, que nous avons fait connaissance, lors du retour d’un voyage de l’Académie à Barcelone. Jean-Pierre Dufoix avait parlé de l’érémitisme et avait évoqué l’inconnue de la mort. Peu après, en plaisantant, j’ai accosté André Gounelle en lui disant « Vous, Monsieur le pasteur, vous n’êtes pas inquiet, après votre mort vous allez retrouver tous vos petits amis, votre famille, alors que nous pauvres mécréants nous pensons que nos atomes vont se disséminer dans la nature et qu’il en sera fini de nous » et sa réponse fut simplement, en souriant lui aussi : « Ce n’est pas si simple ». Cela a été le début d’une profonde amitié, qui m’a permis de bénéficier de son intelligence si aiguë appuyée sur une mémoire phénoménale que chacun, à l’Académie, a appréciée. Sa vision des problèmes était toujours originale, sa pensée synthétique résumait en quelques phrases d’une clarté éblouissante l’essentiel d’un problème, s’appuyant sur son immense culture. Et, surtout, j’ai usé sans modération de sa générosité qui le conduisait, après nos repas mensuels, la table débarrassée, à tenter de faire comprendre au néophyte que je suis la substantifique moelle de la pensée kantienne, heideggérienne, bergsonienne ou les subtilités de la phénoménologie. Et cela pendant de longues heures, c’était un régal. Ce sont des séances que je n’oublierai pas. « Monsieur le pasteur » comme l’appelaient souvent nos confrères, nous manque déjà, depuis son absence aux séances de l’Académie pour raison de santé qui l’ont amené à demander l’honorariat en 2023.
Il avait été élu en 1993 et a été Président Général en 1998. Il répondait toujours présent pour une intervention et ses brillantes conférences, si structurées, résultat d’une préparation approfondie restent des modèles pour tous ceux qui y ont assisté. Aujourd’hui, je n’en retiendrai qu’une. La séance au cours de laquelle il a parlé de Sébastien Castellion, théologien de l’époque de la Réforme opposé à Calvin à la suite de l’exécution de Michel Servet, en 1553 à Genève. Cette conférence a mis en évidence l’importance qu’attachait André à la liberté de conscience et son immense respect de l’autre. C’est d’ailleurs elle qui a permis de créer entre l’homme de foi qu’il était et l’agnostique que je suis une si profonde amitié. Je me souviens d’André, debout, sa voix emplissant l’espace, reprenant à son compte la phrase de Castellion qu’il faisait sienne « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ». Je lui avais dit, au terme de sa conférence, qu’il avait soulevé une telle émotion qu’il aurait mérité une « standing ovation », mais il n’appréciait pas les manifestations d’exubérance. Il était tout à fait à l’aise dans la retenue et l’intellectualisme des cultes de l’église réformée. D’autres que moi parleront mieux du théologien et du professeur qu’il fût, du spécialiste de Tillich et de la théologie du Process, de sa vision libérale du christianisme. J’ai voulu simplement évoquer ici l’académicien et l’ami. Je terminerai en m’adressant à ses deux filles et à son petit-fils. Sylvie, Nelly, vous pouvez être fières de votre père. Et toi, Gaëtan de ton grand-père. Tout comme l’Académie d’avoir compté André Gounelle parmi ses membres et moi d’avoir été son ami.
Pierre Louis
Voir aussi la réponse de Jacques Proust quand André Gounelle fit l'éloge de Jean Claparède et de Robert Saint-Jean (28/11/1994) :