Academie des Sciences et Lettres de Montpellier

Louis BOURDIOL (24-3-1931 | 10-10-2021)

Section : Médecine - Siège : XXV
Docteur en médecine, licencié ès sciences, Médecin biologiste directeur de laboratoire d'analyses médicales
Elu(e) à l'Académie en 1991. Départ en 2021.
Fonctions à l'Académie : Secrétaire perpétuel en 1999, trésorier après 2000, trésorier adjoint 2014-2019
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     Louis Bourdiol est né le 24 mars 1931 à Montarnaud. Son père y était médecin généraliste,  issu  de  la  faculté  de Montpellier.  Il  était  originaire  de  Mèze  où  sa  famille paternelle  possédait  une  fabrique  de  futaille.  Sa  mère  était  originaire  de  Pignan  issue d’une famille de « propriétaires », terme consacré dans notre Languedoc. Jusqu’à  l’âge  de  10  ans,  il  a  été  scolarisé  à  Montarnaud,  puis,  a  poursuivi  ses  études secondaires  à  l’Enclos  Saint  François.  très  vite,  il  se  passionne  pour  la  chimie,  avant même de rejoindre le lycée en classe de sciences expérimentales. En  1948,  il  est  reçu  avec  mention  à  la  deuxième  partie  du  baccalauréat,  et  s’inscrit  en faculté des sciences pour le PCB, qui donne alors accès aux études médicales.
 
     A l’âge de 20 ans, alors qu’il est en deuxième année de médecine, Louis a la douleur de perdre  son  père,  alors  âgé  de  49  ans.  Il  n’est  plus  question  de  succession,  alors  son attrait pour la chimie lui fait rejoindre l’équipe de biochimie dirigée par le professeur Paul Cristol, entouré de Christian Bénézech, jeune agrégé, de Jacques Llory et André Crastes de  Paulet,  chefs  de  laboratoire.  Il  est  nommé  moniteur  de  travaux  pratiques  et  prend  la responsabilité du laboratoire de chimie situé sur le toit des cliniques Saint Charles. C’est l’occasion  pour  lui  de  participer  aux  travaux  de  l’équipe  de  pédiatrie  animée  par  les professeurs Jean Chaptal et Roger Jean. Pendant cette période, il accumule les certificats  d’études  spécialisées:  sérologie,  chimie  médicale  à  la  faculté  de  médecine, chimie biologique et biologie générale à la faculté des sciences. La libération d’un poste de chef de travaux en médecine légale est l’occasion pour lui à partir de 1956 d’une collaboration de quelques années avec le professeur Jean Fourcade, d’où une thèse au croisement des deux disciplines sur les implications médico-légales de la  phénothiazine.  Il  complète  sa  formation  par  plusieurs  certificats:  médecine  légale, médecine du travail, et par un diplôme d’études pénales. Il gardera toute sa carrière une activité d’expert près les cours d’appel de Nîmes et de Montpellier. De  1951  à  1958,  sa  période  universitaire,  Louis  Bourdiol  a  participé  aux  publications scientifiques et aux enseignements des équipes dont il a fait partie. 
 
     Il  est  alors  appelé  sous  les  drapeaux.  Son  service  militaire  se  déroule  en  pleine  guerre d’Algérie, après qu’il ait effectué un stage à l’hôpital du Val de Grâce. Il y rencontre Henri Laborit,  médecin  de  marine,  qui  avait  codifié  l’utilisation  de  la  Chlorpromazine,  objet  de son  travail  de  thèse.   Il  est  successivement  affecté  à  l’hôpital  Alphonse  Laveran  à Constantine, puis sur divers lieux de combat où il doit prendre en charge des soldats aux blessures atroces. Il est démobilisé en 1960, et gardera toute sa vie le souvenir de cette terrible période. 
 
     Eu  égard  aux  aléas  d’une  carrière  universitaire  toujours  hypothétique,  Louis  Bourdiol  fait le choix de s’installer comme médecin biologiste en créant en 1961, avec son ami Jean-Claude Corbière, un laboratoire d’analyse. Cinq  ans  après,  il  prend  en  charge  la  part  biologique  du  nouveau  centre  de  santé  de Castelnau le Lez qui va devenir la clinique du Parc. Il participe très activement au succès de cette entreprise en étant chef de laboratoire et en devenant administrateur. il y fera une carrière  brillante.  C’était,  me  disait  Jean-Pierre  Reynaud,  un  biologiste  « à  l’ancienne », pétri de l’humanisme qui caractérise l’Ecole de Médecine de Montpellier. Et d’évoquer le jour, en 1983, où il dut annonça à un jeune patient qui devait être opéré que ce ne serait pas possible car il venait de diagnostiquer le SIDA. 
 
     Louis  Bourdiol  a  témoigné  de  sa  satisfaction  devant  l’oeuvre  accomplie  lors  de  la commémoration en 2017 des 50 ans de la clinique du Parc, entreprise de médecins amis qui  s’étaient  connus  à  l’internat  et  qui,  bien  que  de  personnalités  très  différentes  et  de caractères  pas  toujours  faciles,  avaient  su  créer  un  outil  d’excellence,  partageant  la même passion. 
 
     Notre confrère a été élu sur le XXV° fauteuil de la section de médecine de l’Académie en 1991,  succédant  à  François  Thuille,  André  Bertrand  a  répondu  avec  son  élégance coutumière  à  son  discours  de  réception  en  1994.  Il  a  été  secrétaire  perpétuel  de l’Académie  en  1999  puis  trésorier  à  partir  de  2000.  Il  participait  aux  séances  avec assiduité,  toujours  dans  le  même  coin,  au  fond  à  droite  du  Salon  Rouge.  De  ses contributions, je retiendrai une conférence sur Michel Paulet, chirurgien en Languedoc au XVII°  siècle,  et,  lors  du  voyage  académique  à  la  Rochelle  en  2014,  une  belle  analyse  du siège de Montpellier de 1662. 
 
     Je  ne  développerai  pas  les  autres  dimensions  de  sa  vie:  ses  passions,  ses  drames, notamment  le  décès  accidentel  de  Marie-Françoise,  qu’il  avait  épousée  en  1960  à  son retour  d’Algérie;  Philippe  Vialla  les  a  rappelées  avec  émotion  en  cette  belle  journée d’automne où nous étions réunis pour un au-revoir en l’ église de Pourols à Saint Mathieu de  Tréviers.  Claire  nous  y  a  accueillis  avec  courage.  Avec  mon  épouse  Geneviève,  nous avons  connu  celle  avec  qui  il  a  partagé  la  dernière  étape  de  sa  vie  au  monastère  Sainte Catherine,  sur  les  pentes  du  Mont  Sinaï,  peu  avant  son  mariage  avec  Louis.  Elle  nous avait alors témoigné du bonheur de sa rencontre avec une personne de cette qualité. Peu après,  lors  de  mon  élection  à  l’Académie,  Louis  m’y  a  accueilli  avec  chaleur,  et  sa bienveillance s’est vite transformée en amitié. 
 
     Louis était un homme rassurant, un homme de paix, il va nous manquer.
 
Michel Voisin 

 

Voir aussi la réponse d'André Bertrand lorsque Louis Bourdiol fit l'éloge de François Thuile le 19/12/1994 :

https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/BOURDIOL-ELOGE-THUILE-REP-BERTRAND-1994.pdf

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