Academie des Sciences et Lettres de Montpellier

Pierre VIALA (24-9-1859 | 11-2-1936)

Section : Sciences - Siège : I
Professeur à  l'Ecole Nationale d'Agriculture - Membre de l'Académie des Sciences
Elu(e) à l'Académie en 1888. Départ en 1898.
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     Pierre Viala est né le 24 septembre 1859, à Lavérune, dans une famille de viticulteurs. En novembre 1878, il entre à l’Ecole d’agriculture de Montpellier (aujourd’hui Montpellier SupAgro) ; il se prend alors de passion pour la science. A l’examen de sortie, il est major d’une promotion de 17 élèves, avec 18,25 de moyenne. Il poursuit ses études en préparant une licence de Sciences naturelles à la Faculté des Sciences. Il l’obtient en 1883. En septembre 1886, on lui confie, à l’Ecole, la nouvelle chaire de « Viticulture générale ».

     A cette époque, la reconstitution du vignoble après le phylloxéra pose encore toutes sortes de problèmes. En particulier, on observe des phénomènes de chlorose dans beaucoup de vignes installées sur Riparia (espèce américaine largement employée à l’époque). La vigne greffée jaunit dans des terrains où les vignes françaises se portaient parfaitement bien antérieurement. Cela concerne des milliers d’ha (Charentes, Languedoc…) pour lesquels l’utilisation des vignes américaines est donc un échec technique et financier épouvantable. Cela est dû à la présence de calcaire dans les sols. On mettra plusieurs années pour le comprendre. C’est que beaucoup de vignes américaines sont plus sensibles à cet élément que la vigne européenne. Pour lutter, on ne voit qu’une solution : aller sur place en Amérique pour y trouver des vignes porte-greffe en bon état sanitaire (donc résistantes au phylloxéra endémique) et installées sur des craies (donc résistantes au calcaire). Montpellier est alors en pointe sur la question phylloxérique et Pierre Viala a publié en 1885 un très bel ouvrage sur les maladies de la vigne. Il est donc logique qu’il soit choisi pour ce périple aux USA. Il va faire le tour de cette immense contrée entre le 5 juin 1887, date de soin arrivée, et le 3 décembre, date de son embarquement pour la France. Il revient persuadé que Vitis berlandieri est l’espèce qu’il faut. Il ne se trompe pas puisqu’à l’heure actuelle, la moitié du vignoble français est greffé, sinon sur berlandieri, du moins sur des descendants obtenus par hybridation à partir de cette espèce.

     A peine rentré en France, il rédige un magnifique compte rendu de 386 pages intitulé : « Une mission viticole en Amérique » [1889]. Un résumé est publié au Journal officiel avant d'être reproduit par tous les journaux agricoles. Le texte est aussi traduit en anglais par des agents de l’United State Geological Survey, à Washington.

     Au début de 1890, Viala part pour l'Institut National Agronomique où il vient d’être nommé professeur de « Viticulture et de cultures des régions méridionales ». A Paris, il fait une belle et rapide carrière. En effet, dès 1891, il soutient à la Sorbonne une thèse de doctorat ès sciences naturelles. Elle porte sur la monographie des Pourridiés. La même année, il est nommé directeur du laboratoire de recherches viticoles nouvellement créé à l’Ecole d’agriculture de Montpellier. Même s’il n’est pas là souvent, on compte sur lui pour définir les orientations fondamentales du laboratoire. En 1893, il est l’une des grandes figures de l’important congrès de viticulture de Montpellier. En 1894, il crée la « Revue de Viticulture ». Il est nommé membre titulaire de la Société nationale d'agriculture (future Académie d’agriculture de France). Alors qu’il n’a que 35 ans, sa liste de publications comprend déjà 123 titres. Plus tard, il préside la Société nationale d’agriculture avant d’en devenir le doyen. En 1897, il est nommé Inspecteur général de viticulture au Ministère de l’agriculture. En février 1920, à 61 ans, il entre à l'Académie des Sciences, dans la section d'Economie rurale. En 1922, il est président de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences (AFAS).

     Au cours de sa vie, Viala a reçu au moins huit médailles et prix scientifiques. Par ailleurs, il est le récipiendaire de nombreuses distinctions honorifiques : Commandeur de l’ordre du Nichan Iftikar de Tunisie (1888), Chevalier du Mérite Agricole (1888), Chevalier de la Légion d’Honneur (1896), puis Officier et enfin Commandeur en 1928.

     Jean Cazelles, Sénateur et Secrétaire Général de la Société des Viticulteurs de France, résume magnifiquement l'oeuvre scientifique de Viala dans son allocution prononcée à l'Agro de Paris, le 2 février 1920 :

« Pour la reconstitution du vignoble et pour son développement, vous avez déterminé, par une rigoureuse méthode expérimentale, la gamme de résistance des espèces de vignes à la chlorose et aux parasites cryptogamiques. Vous avez dégagé les principes scientifiques de la résistance phylloxérique des cépages américains et de leur adaptation comme porte-greffes aux divers terrains. Vous avez signalé et décrit, à la fois en physiologiste et en clinicien, des maladies microbiennes et parasitaires qui, jusqu'à vous, étaient restées ignorées, méconnues ou impénétrables. Vous avez découvert les règles de la lutte efficace contre les acariens et les insectes ampélophages ; surtout vous avez créé la méthode d'isolement et de culture des champignons en milieux artificiels. Votre esprit scientifique a éclairé les pratiques culturales et réalisé comme un estimable bienfait toute une série de progrès, notamment pour le bouturage, pour le greffage et l'écimage. Vous avez rénové et porté à un degré inattendu, l'ampélographie par cet immense travail : l'étude morphologique, botanique, agronomique des 5 200 cépages cultivés en France ou à l'étranger et de leurs 20 000 synonymes.

Grand savant, vous avez été un bon ouvrier de la fortune de la France qui vous doit la meilleure part de la renaissance de sa viticulture ».

     Au début de la grande guerre. Viala est trop vieux pour être mobilisé. Il partage son temps entre Paris et Montpellier où il tâte de la politique. En 1919, il est élu député de l’Hérault dans la circonscription Montpellier-Ouest qui comprend son village de Lavérune. Il est inscrit sur la liste de la « Gauche républicaine démocratique ». A l’Assemblée, il est membre de la commission Enseignement et beaux-arts et de la commission de l’agriculture. Il intervient donc comme rapporteur de nombreux projets de lois relatifs à l’agriculture et à la viticulture. Il réclame de l’argent pour les laboratoires de recherche. Le 7 novembre 1921, le député Pierre Viala sera l’une des personnalités ayant la charge et l’honneur de recevoir, à l’Ecole d’agriculture de Montpellier, le Président de la République Millerand. En 1924, le candidat Viala abandonne l’Hérault pour se présenter à la députation dans les Charentes. On ne sait pas ce qui a motivé ce changement de circonscription. Peut-être pensait-il que son élection serait plus facile dans ce département dont le vignoble, installé sur des sols calcaires, avait été reconstitué, largement grâce à son action. Il est alors affilié au « Cartel des gauches ». Pourtant, il est battu, en dépit du fait que son parti l’emporte. En revanche, en 1925, il devient Conseiller général du 3ème canton de l’Hérault. Il fera un seul mandat, jusqu’en 1928.

     Il est mort brutalement, le 11 février 1936, à l’âge de 77 ans, dans son domicile parisien du boulevard Saint-Michel. Le 16 février, à 14 heures, il est enterré dans le petit cimetière de Cournonterral, dans le caveau de la famille de sa femme.

     Après la mort de Viala, ses amis fondent, en 1936, une Association du type 1901 dont le nom est « Société des amis de Pierre Viala ». L’objectif est de perpétuer la mémoire de cet homme exceptionnel. Mais, célébrer les mérites d’un savant, fut-il très éminent, n’est pas un objectif viable pour une association. Celle-ci devait péricliter. En revanche, l’idée de donner le nom de cet homme à la place située à l’entrée de l'Ecole d'agriculture était bien meilleure. Ainsi, le nom de Pierre Viala figure-t-il sur l’enveloppe des lettres que le campus agronomique expédie chaque jour dans le monde entier. Ce nom se promène donc souvent, peut-être même quotidiennement, en Amérique, pays si cher à Viala. 

Jean-Paul Legros

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