Academie des Sciences et Lettres de Montpellier

Jean KILIAN (16-08-1929 | 10-10-2011)

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Jean Kilian était ingénieur agronome. Il avait fait ses études entre 1951 et 1954, du temps où la Maison Carrée d’Alger avait grande réputation et formait les cadres de notre agriculture coloniale. Comme c’était l’usage à l’époque dans notre filière de formation, il avait aussi passé une licence à l’université.


Après un passage de quatre ans dans un service d’hydraulique en Algérie, il était entré à l’IRAT, l’Institut de Recherches Agronomiques Tropicales, et s’était retrouvé en poste à Madagascar pendant sept ans. Il fallait augmenter la productivité des terres et pour cela les étudier. Jean devient « pédologue » c’est-à-dire spécialiste des sols. Cela implique d’inventorier les ressources et donc de dresser des cartes.  Il apprend à deviner quelles terres se cachent sous telle forêt ou sous telle colline. Ainsi se passionne-t-il pour la lecture du paysage. Il regagne Nogent-sur-Marne à la fin de 1969 où il devient chef du service de cartographie. Puis la décentralisation de l’IRAT  - maintenant intégré au GERDAT - l’amène à Montpellier à partir de 1974. Là il est responsable du programme « Connaissance et Amélioration du Milieu Physique ».  Je le rencontre régulièrement au plan professionnel. Avec son équipe, il tire les enseignements de son travail et codifie sa démarche sous le nom de « Morphopédologie ». Associé au célèbre géomorphologue Jean Tricart, il publie en 1979 un gros ouvrage « "L'écogéographie et l'aménagement du milieu naturel". Il y aura aussi une édition en Espagnol, une autre en italien. Le GERDAT est devenu CIRAD et regroupe maintenant toutes sortes d’organismes. Jean  souhaite y introduire des outils modernes pour appréhender les terroirs.  A partir de 1984, il y développe la télédétection et est responsable du secteur. Ses travaux sont novateurs. Des USA jusqu’au Japon en passant par tous les pays d’Afrique francophone, il multiplie les missions de consultance. Ses nombreuses publications montrent qu’il a exploré plus de 20 contrées. On l’appelle aussi pour faire des cours dans les écoles d’agronomie de Montpellier, Rennes, Toulouse, et bien sur dans les instituts du CIRAD et encore dans les écoles vétérinaires.
A partir de 1989, je le retrouve à l’Académie de Montpellier où il est entré avant moi, en 1983. Il a certainement favorisé mon élection et je sais donc ce que je lui dois. Mais, il a respecté les usages et ne m’a jamais rien dit sur le sujet. Retraité en 1991, il survole l’arrière pays languedocien en ULM pour prendre des photos aériennes et, espère-t-il, pour en tirer une sorte d’atlas pour le grand public. Quand il vient à la peinture, c’est encore en naturaliste, en spécialiste du paysage qu’il manie le pinceau. Il y a donc chez Jean Kilian une grande cohérence d’action et surtout  une grande passion pour le milieu naturel. Et tout cela avec gentillesse, simplicité et respect des autres. Il fuyait les honneurs, j’en détiens quelques preuves. Mais il avait accepté de devenir Officier du Mérite Agricole.


Toute sa vie Jean a su distinguer, sur le terrain comme dans la société et comme dans la peinture, l’essentiel de l’accessoire. Il voyait juste et loin.
Modèle d’homme, modèle d’agronome, ami très cher; il va beaucoup nous manquer.
 

Jean-Paul Legros

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