Academie des Sciences et Lettres de Montpellier

Rémy BERGERET (30-4-1955 | 10-5-2021)

Section : Lettres - Siège : VIII
Prieur des Dominicains
Elu(e) à l'Académie en 2014. Départ en 2021.
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     Frère Rémy Bergeret nous a quitté.

     Lundi 10 mai, alors que nous étions en séance académique vidéo-transmise, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre. Une tristesse profonde s’est abattue sur notre assemblée : frère Rémy Bergeret, Rémy, nous a quittés.

     Après une courte maladie, alors que tout semblait rentrer dans l’ordre, il a rejoint brutalement Celui à qui il avait consacré sa vie d’homme dans l’Ordre des frères prêcheurs. Notre secrétaire perpétuel m’a demandé de prononcer quelques mots en l’absence de notre confrère le bâtonnier François Bedel Girou de Buzareingues. Ce dernier, qui le reçut en notre Académie, prononcera à la rentrée, un in memoriam plus substantiel, plus talentueux.

     Frère Rémy avait été reçu dans notre Académie le 18 mai 2015, il y aura demain six ans. Il succédait à Françoise Mourgue-Molines, une autre belle figure de notre Académie et de l’Eglise Réformée. Après des études d’ingénieur des mines, il était entré dans l’Ordre des dominicains ; sa thèse de théologie, soutenue plus tard, avait pour titre et objet « les rapports entre science et théologie dans l’enseignement de Jean-Paul II ». Ce rapport entre la science et la foi sera une trame constante sa réflexion et de son ministère dans tous les milieux.

     Cela c’est pour la carte de visite, le décorum. Celui que nous aimions c’était l’homme ; l’homme était discret mais avait une présence. Son regard, ce miroir de l’âme, était à la fois pénétrant et  bienveillant, son sourire, ouvert et accueillant. Bref, son être diffusait une solide et rassurante bonté. Une nièce de Françoise Mourgues-Molines me le disait, une grande sérénité émanait de lui.

     Ses qualités avaient conduit ses frères dominicains à lui confier des responsabilités. Il les a assurées dans l’obéissance et dans la foi ; cette foi, parfois obscure, mais certaine. Il a été responsable de la maison Guillaume Courtet qui dessert la paroisse cathédrale de Saint Denis dans l’île de la Réunion. Sa charge de la maison Guillaume Courtet était un prélude à son arrivée dans le diocèse de Montpellier. Natif de Sérignan, Frère Guillaume Courtet, fut en effet un martyr de la foi au Japon au XVIIème siècle. A Montpellier, Rémy fut prieur du couvent, responsable du Centre Lacordaire, haut lieu montpelliérain de culture et de spiritualité où certains d’entre nous sont souvent invités. Je veux aussi ajouter le délicat ministère d’aumônier de l’hôpital La Colombière.

     Ces dernières années, des soucis de santé l’avaient conduit à ralentir son activité mais il était présent régulièrement aux séances de notre Académie. A la fin de la conférence, avant la discussion, il s’éclipsait discrètement pour célébrer l’office de vêpres du couvent où il a longtemps assuré l’office de chantre. Cette épidémie de la COVID ne l’a pas épargné. Au cours de son hospitalisation en réanimation, j’ai pu le voir plusieurs fois, quelques courtes minutes, lui parler, lui dire notre amitié, l’assurer de ma prière. On ne refait pas l’histoire mais on peut regretter que cette épidémie, par une interprétation rigide de règles sanitaires, l’ait privé dans ses derniers moments de la présence de sa sœur bien aimée Chantal et de l’accompagnement fraternel et spirituel de ses frères dominicains. La vie crée l’ordre, mais l’ordre ne crée pas la vie…

     C’était pour nous un confrère, et pour beaucoup, un frère et un ami. Il nous reste son signe de la main à la fenêtre du couvent dans la rue des Augustins et cette phrase de Jean Cocteau : le vrai tombeau des morts c’est le cœur des vivants. Comme l’évoquait Jacques Maritain, très proche des frères dominicains : Il y a la mort, toujours déchirante, mais il n’y a pas de morts, ils sont tous des vivants. C’était sa foi, c’est aussi notre espérance.

Olivier Jonquet

 

   Voir la réponse de François Bédel de Buzareingues lorsqu'il fit l'éloge de Françoise Mourgue-Molines le 18/5/2015 :

https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/BERGERET-2015-1.pdf

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