Academie des Sciences et Lettres de Montpellier

Jean - Nicolas LEGRAND (9-1-1790 | 1-5-1871)

Section : Sciences - Siège : II
Professeur à la Faculté des Sciences
Elu(e) à l'Académie en 1851. Départ en 1853.
image membre

 

Portrait : Université de Montpellier

 

     Jean Nicolas Legrand et assez représentatif des savants issus, comme Cournot, Saigey,  Vincent et les autres, de l'École Normale d'avant la dissolution de 1822 : expérimentateur scrupuleux, savant consciencieux tous dévoués à la science pure mais isolés et décalés par rapport aux virtuosités analytiques de la physique mathématiques parisienne de Poisson et Cauchy, apanage de quelques rares élus, et parfois découragés par le peu de moyens et d'étudiants mis à leur disposition dans les facultés où les lycées provinciaux où ils exercent. 

 

     Legrand est né le 4 janvier 1796 à Bouvellemont dans les Ardennes, il est élève de l'École normale de la promotion 1816 et licencié ès science le 14 septembre 1819. C'est un des premiers collaborateurs scientifiqus du Lycée avec Vincent et Cournot. Il a également collaboré au tome 12 du Bulletin de Férrussac. Il est professeur de physique successivement à Douai, Reims, Avignon, Nancy et Besançon. Il est nommé en 1832 chargé de cours à la Faculté des sciences de Toulouse puis en 1837 à celle de Montpellier. En 1841 il est nommé titulaire de la chaire d'astronomie de cette dernière faculté où il reste jusqu'en 1868, date à laquelle il prend sa retraite. Il est mort le 1er mai 1871 à Montpellier. 

 

     Legrand a fait don à la chaire d'astronomie d'une somme considérable, suffisante pour l'achat, en 1877, d'un télescope de Foucault, instrument magnifique qui a servi jusqu'en 1964. Le cas n'est pas si rare; la plupart des observatoires aménagés après la débâcle de 1870, lors du grand sursaut patriotique et scientifique, ont été financés par des dons et legs privés. Les travaux de Legrand portent plus particulièrement sur les questions de météorologie, de magnétisme terrestre, de calorimétrie, de thermalisme, de théorie de la chaleur... Comme la plupart des physiciens français de sa génération (son condisciple Pouillet notamment qu'il critique d'autant mieux lorsque ce dernier se gare en matière théorique), c'est un observateur méticuleux, qui ne se laisse guère séduire par les reconstructions théoriques des physiciens mathématicien de l'ancienne génération. Maison dois noter également chez Legrand une évidente fascination astronomique, paradis perdu, idéal d’une science unifiée où les observations s’accorderaientnt aux théorie et les théories susciteraient et stimuleraient l’observation. L’'essentiel des informations sur Legrand nous a été communiquées par Henri Reboul, rédacteur du site de la chaire d'astronomie de la Faculté des Sciences de Montpellier. On verra également J. M., Faidit. Le pavillon d'astronomie du jardin des plantes de Montpellier, Montpellier, centre culturel de l'astronomie, 2001.

Extrait de : A.A. Cournet
Vol. 1. Ecrits de Jeunesse et Pièces diverses
Librairie J. Vrin Presse Universitaires de Franche-Comté.

     

     Jean Nicolas Legrand est né le 4 janvier 1796 (14 Nivose an IV) à Bouvellemont (Ardennes). Son père était marchand. Ancien élève de l'École normale supérieure (promotion 1816), il enseigna au collège de Douai (1820) et aux lycées de Reims (1821), d'Avignon (1822), de Nancy (1823) et de Besançon (1828). Il soutint une thèse de doctorat d'État le 15 novembre 1829. Le recteur de l'université de Besançon écrivait en octobre 1831 : « M. Legrand est un homme très savant ; il ne lui manque pour être un professeur accompli que d'avoir une meilleure santé. La sienne est dans un état déplorable et qui me donne de graves inquiétudes. Je doute fort qu'il puisse continuer son cours l'an prochain ». Il fut mis en congé à mi-traitement pour raison de santé le 26 décembre 1831 et pour une durée d'un an. Le 8 octobre 1832, il écrivait au ministre : « J'ai longtemps espéré reprendre mes fonctions au collège de Besançon à la rentrée prochaine des classes. Mais n'étant pas encore rétabli du choléra dont j'ai été atteint pendant l'été, [...] ». Il fut chargé de cours de physique à la faculté des sciences de Toulouse en 1832. Il écrivait au ministre le 6 septembre 1835 : « Lorsque vous m'avez ôté l'emploi que j'avais à la Faculté des sciences de Toulouse, votre intention était de me donner quelqu'autre destination ; c'est ce que vous m'avez plusieurs fois fait savoir. Néanmoins, je n'en ai encore reçu aucune et, depuis deux ans, je suis sans fonction et sans traitement ». Il avait été mis en congé d'inactivité le 1er octobre 1833. Il fut chargé de cours d'astronomie à la faculté des sciences de Montpellier le 12 mai 1837. La chaire était vacante depuis le 7 août 1835, date à laquelle Gergonne qui en était titulaire fut nommé à la chaire de physique. Valz et Lenthéric avaient été entre temps chargés de cours. Le recteur de l'académie de Montpellier écrivait au ministre le 12 juin 1840 : « Mr Legrand sait beaucoup de choses et les sait fort bien ; et toutefois ce sera, à tout jamais, un fort maussade professeur attendu qu'il parle vite et bas, qu'il ne sait pas développer ses idées, et qu'il dit sèchement, tout juste et strictement ce qu'il faut dire pour assurer ses conclusions [...]. M. Legrand est essentiellement chimiste ». Il fut cependant nommé professeur d'astronomie le 24 juin 1841. Le recteur le notait le 5 juillet 1859 : « Vit dans la solitude et ne demande rien » et le 18 juin 1860 : « Mériterait d'être décoré, mais Mr Legrand est si original qu'on ne sait en vérité s'il accepterait une récompense qu'il ne demande pas ». Le doyen de la faculté des lettres de Montpellier écrivait au ministre Duruy le 31 août 1863 : « Mr Legrand est une sorte d'original, ayant des manies de vieux célibataire, se plaisant à s'affranchir des devoirs de société, ne fréquentant aucun salon, n'assistant à aucune cérémonie publique et ne se rendant pas même aux invitations de M. Le Verrier, quoique professeur d'astronomie et consulté sur l'établissement d'un observatoire dans la ville où il professe ». Legrand écrivit au ministre le 18 novembre 1868 : « [...] j'ai été valétudinaire et obligé de prendre des congés dans les commencements de mon professorat ; la santé m'est revenue depuis une vingtaine d'années ». Il fut cependant mis en congé sans traitement pour raison de santé le 9 novembre 1868 et prit sa retraite le 16 novembre 1869. Il jouissait d'une fortune confortable. Jean Nicolas Legrand est mort le 1er mai 1871 à Montpellier (Hérault). Il légua 4000 francs à son ancienne Faculté qui fut mise en possession en juin 1876 de la somme de 5 000 francs, capital et intérêts. À l'unanimité, le conseil décida d'employer cette somme à la construction d'un télescope de Foucault, en hommage à Legrand qui avait longtemps caressé l'idée de doter à ses frais la Faculté d'un observatoire. Ce télescope de 0,20 m d'ouverture et de 1,30 m de focale fut construit par Eichens. Le 25 juin 1879, le ministre de l'Instruction publique, Bardoux, alloua un crédit égal au prix de l'instrument pour faire face aux frais d'installation dans le Jardin des Plantes de la faculté de Montpellier, installation qui sera achevée dès le mois d'avril. Ce télescope sera utilisé par Lebeuf de 1898 à 1903, puis de 1903 à 1918 par Meslin, pour ses propres recherches, mais aussi pour former les quelques étudiants inscrits au certificat optionnel d'astronomie. En 1964, lors du déplacement de la faculté des sciences, le télescope fut transféré à l'université des sciences et techniques du Languedoc. En 1989, la coupole, toujours en place, fut équipée d'un planétarium. (Combescure, 1871 ; Dulieu, 1981 ; Faidit, 1994 ; EAD ; AN : F17.21132)

P. Véron, dictionnaire des astronomes français 1850-1950, www.obs-hp.fr/dictionnaire/

  © 2020-2021 aslm. Tous droits réservés.