Academie des Sciences et Lettres de Montpellier

François Pitangue (7-4-1897 | 31-08-1979)

Section : Lettres
Bibliothécaire en chef de l'Université
Elu(e) à l'Académie en 1938. Départ en 1979.
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     François Pitangue (1897-1979), conservateur de la bibliothèque universitaire de Montpellier

     François Pitangue est né à Pau (Pyrénées-Atlantiques) le 7 avril 1897 et mort à Montpellier le 31 août 1979. Il réalise ses études secondaires au collège de l'Immaculée Conception à Pau puis à l'université de Bordeaux (Gironde) où il passe une thèse de doctorat d'histoire. En 1922, il est nommé bibliothécaire à Bordeaux et oriente alors sa carrière vers les bibliothèques universitaires. En 1934, il est nommé à la faculté de Montpellier ; il devient bibliothécaire en chef en 1935, puis conservateur en chef des bibliothèques universitaires le 1er novembre 1960. En 1944, dans les Annales de l'université de Montpellier (dont il est un des fondateurs), il dresse le bilan de ses dix années de présence à la bibliothèque universitaire et y expose ses propres conceptions du métier.

     Il organise la Bibliothèque centrale de prêt de l'Hérault en 1946 (future Bibliothèque départementales de prêt de l'Hérault), puis modernise en 1954 la bibliothèque centrale et la bibliothèque de la faculté de Médecine. En 1955, il crée le service de lecture publique de la Principauté d'Andorre ainsi que la bibliothèque centrale de prêt de la Lozère en 1965. Il fonde parallèlement le Cercle d'études des bibliothèques des régions d'Aquitaine et de Languedoc (CEBRAL).

     De 1955 à 1965, François Pitangue est chargé de mission par le Touring-Club de France pour réorganiser la bibliothèque du musée pyrénéen et organiser des expositions. En 1962, il participe à la naissance de la bibliothèque du centre universitaire de Perpignan. En 1966, il crée les bibliothèques de la nouvelle faculté des lettres et de la nouvelle faculté des sciences à Montpellier, puis en 1969 de la faculté de pharmacie.

     Parallèlement à son activité principale de bibliothécaire il collabore à différentes revues. Sa passion pour le théâtre et la musique l'amène à rédiger des articles de critique du théâtre lyrique pour le quotidien catholique bordelais "La Liberté". Il participe aussi activement à la fondation des "Annales de l'université de Montpellier et du Languedoc méditerranéen - Roussillon" où il rend compte de la vie littéraire et scientifique régionale. Enfin, il publie dans la revue "Pyrénées" diverses enquêtes, bibliographies et articles.

     Sa passion pour le théâtre le conduit aussi à prendre part à la vie théâtrale des étudiants. Il monte des troupes théâtrales : tout d'abord "Les Escholiers de Guyenne", puis à Montpellier en 1937 "Les Escholiers de Languedoc". Il écrit, met en scène et joue divers personnages dont le rôle du diable.

     François Pitangue a une prédilection pour le théâtre du Moyen-Age, qu'il met en scène en adaptant des textes médiévaux : "Le miracle de Notre-Dame de Saint-Guilhem" (versifié par ses soins), "Le Jeu d'Adam et Eve" (1938), "Le mystère du chevalier qui donna sa femme au diable" (1938) ou "Le miracle de Théophile" (Rutebeuf) (joué à Montpellier en 1945, repris en 1946 en présence de Pablo Casals à qui Yolande Coste, reine du Félibrige, remet une faluche d'honneur, puis à Lausanne en 1948).

     Il reprend aussi des auteurs du XVIe siècle : Rabelais, avec "La morale comédie de celuy qui a épousé une femme mute" (1938) - pièce que joua l'auteur de Gargantua lors de son séjour à Montpellier - et la reine Marguerite de Navarre avec "La comédie de la Nativité" (1948).

     François Pitangue n'hésite pas à élargir son répertoire :

- "Radio Cid ou de Cid…de là, revue élyséenne du Cid et de quelques Cid-devants vivants" (parodie pour le troisième centenaire du Cid)

- "Le Noël sur la place" (1936)

- "Le mariage forcé de Molière" (1940)

- "Les vacances d'Apollon", de Jean Berthet (1941)

- "La comédie de la fillette qui ne voulait rien savoir" (1942)

- "Noé", d'André Obey (1943)

- "Le retour d'Hernani et Pierre es liens", de Barthélémy-Antonin Taladoire (1944)

- "La servante d'Evolène" (1947)

- "Légende valaisane", de René Morax

- "La chanson de la vieille" (1948) qu'il écrit avec Barthélémy-Antonin Taladoire d'après un conte béarnais

- "La belle au bois" de Jules Supervielle (1952)

- "La Savetière prodigieuse", de Federico Garcia Lorca

- "L'Anglais tel qu'on le parle", de Tristan Bernard

- "La légende de Saint-Julien l'Hospitalier", de Max Garric sur une musique de scène composée par l'abbé Roucairol (1957).

     Les activités professionnelles et théâtrales de François Pitangue ne peuvent être séparées de ses recherches historiques. Il donne de multiples conférences, s'adonne à de nombreuses recherches et publie des articles spécialisés où brille son érudition. Parmi ceux-ci peuvent être cités : "Un pontifical manuscrit du premier tiers du XIIIème siècle" (1939), "Les nuits de Noël et messes de minuit dramatiques du Moyen-Age" (1940), "La lecture publique dans l'Hérault" (1947), "La genèse de la Marche hongroise de Berlioz", "Satan dans le théâtre du Moyen-Age" (1951) - qui fait l'objet d'une publication dans les Etudes médiévales offertes au doyen Augustin Fliche sous le titre "Une variation dramatique du diable dans le théâtre français du Moyen-Age" (1952) -, "Le théâtre de Sartre" (1953), "Les chemins de Saint-Jacques" (1968), "Le culte de Saint-Roch à Montpellier" (1969)...

     François Pitangue s'intéresse aussi à la musique et à son histoire. Il livre dans ce domaine plusieurs articles spécialisés : "Etude sur Mireille et son musicien", "Heurs et malheurs de l'opéra de Gounod"... De nombreuses notes témoignent de sa passion musicale : notes sur Aubade concerto chorégraphique, sur le Stabat Mater de Francis Poulenc, sur la cantate n° 31 de Jean-Sébastien Bach, sur la Grande Pâque russe de Rimsky Korsakov, sur le concerto en sol majeur de Maurice Ravel, sur un Américain à Paris de Georges Gershwin, sur la symphonie n° 3 (liturgique) d'Arthur Honneger...

     Tout au long de sa vie et dans ses œuvres, il affirme sa foi catholique et son appartenance au monde chrétien : il fait partie de chorales catholiques, se lie d'amitié avec Monseigneur Théas, évêque de Tarbes et Lourdes (Hautes Pyrénées), Monseigneur Guyot, archevêque de Toulouse (Haute-Garonne) puis avec Monseigneur Martin, aumônier des étudiants catholiques de Bordeaux qui devient évêque du Puy-en Velay (Haute-Loire). Cette foi chrétienne l'aide sans doute à surmonter sa douleur lorsque son fils Jean-Marie Pitangue, âgé de 17 ans est arrêté par les Allemands le 2 avril 1944 pour fait de Résistance (vol de plans de l'aérodrome de Fréjorgues qui permirent son bombardement par les alliés) et fusillé le 31 mai 1944 à la butte de la Madeleine.

     François Pitangue, enfin, est élu en 1938 à l'Académie des sciences et lettres de Montpellier et reçoit la croix de la Légion d'Honneur le 5 avril 1952.

Bertrand Caron
conservateur à la bibliothèque interuniversitarie de Montpellier au service du patrimoine

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